Photo : Ibrahim Boran / Unsplash
Le dirham recule depuis plusieurs semaines face aux deux devises de son panier : l'euro dépasse 11 DH et le dollar approche 9,86 DH. Pour les entreprises qui importent, exportent ou détiennent des dettes et créances en devises, ce mouvement a des effets immédiats sur la trésorerie, les prix de revient et, à l'approche de la clôture de l'exercice, sur les comptes annuels.
Ce que disent les chiffres
D'après les indicateurs hebdomadaires de Bank Al-Maghrib repris par la presse, l'euro est passé de 10,945 DH à 10,998 DH au cours de la semaine du 24 au 30 septembre 2026, soit un recul du dirham d'environ 0,5 %. Face au dollar, la baisse a été plus marquée : de 9,591 DH à 9,682 DH, soit environ 0,9 %.
Le mouvement s'est poursuivi début octobre : le 2 octobre, l'euro a franchi le seuil symbolique de 11 DH, à 11,083 DH, et le dollar a atteint 9,855 DH. Selon Hespress, il s'agit de la cinquième semaine consécutive de baisse du dirham face à l'euro, et Bank Al-Maghrib n'a réalisé aucune opération d'adjudication de devises sur la période.
Pourquoi le dirham baisse
Le dirham est arrimé à un panier composé à 60 % d'euro et à 40 % de dollar, avec une bande de fluctuation de ±5 % autour d'un cours central fixé chaque jour par Bank Al-Maghrib. Les analyses publiées attribuent principalement le mouvement à la vigueur du dollar sur les marchés internationaux, qui a aussi fait reculer l'euro face au billet vert (environ 1,16 dollar pour un euro début avril, contre environ 1,13 début octobre).
Plusieurs observateurs rappellent que le dirham reste à l'intérieur de sa bande de fluctuation : il s'agit d'un ajustement et non d'un décrochage. Personne ne peut toutefois prédire l'évolution des prochaines semaines, et les cours peuvent se retourner.
Les conséquences pratiques pour les entreprises
- Importateurs : chaque facture fournisseur libellée en euros ou en dollars coûte plus cher en dirhams. Sur une facture de 100 000 euros, le passage de 10,945 à 11,083 DH représente environ 13 800 DH de plus. Le contexte est d'autant plus sensible que les importations ont progressé de 15,8 % à fin août 2026 selon l'Office des changes.
- Exportateurs : à l'inverse, les encaissements en devises rapportent davantage de dirhams, ce qui améliore la marge si les prix de vente n'ont pas été renégociés.
- Entreprises endettées en devises : le capital restant dû et les échéances d'emprunts en euros ou en dollars augmentent mécaniquement en dirhams.
- Prix et devis : les devis et contrats établis sur la base d'un ancien cours peuvent devenir déficitaires s'ils intègrent des achats importés.
Le traitement comptable selon le CGNC
Pour les comptables, l'enjeu principal se situe au moment de l'inventaire de fin d'exercice. Selon le Code général de normalisation comptable (CGNC), les créances et dettes libellées en devises qui ne sont pas réglées à la clôture doivent être converties au dernier cours de change connu à la date d'inventaire :
- les pertes latentes (par exemple une dette fournisseur en euros qui augmente en dirhams) sont inscrites en écart de conversion-actif et donnent lieu à la constitution d'une provision pour pertes de change ;
- les gains latents (par exemple une créance client en euros) sont inscrits en écart de conversion-passif et ne sont pas pris en résultat tant qu'ils ne sont pas réalisés ;
- les différences constatées lors du règlement effectif sont comptabilisées en pertes de change ou gains de change (charges et produits financiers).
Si le dirham reste au niveau actuel jusqu'au 31 décembre, les entreprises ayant des dettes en devises importantes pourraient donc constater des provisions plus élevées que l'an dernier, avec un impact sur le résultat de l'exercice 2026.
Ce qu'il faut faire
- Recenser dès maintenant les dettes, créances et emprunts libellés en devises et estimer leur sensibilité au cours de change.
- Vérifier les cours appliqués par la banque à chaque règlement et les comparer aux cours de référence de Bank Al-Maghrib.
- Étudier avec sa banque les instruments de couverture (change à terme, options) pour les gros règlements à venir.
- Mettre à jour les prix de revient et les devis intégrant des achats importés.
- Préparer le calcul des écarts de conversion et des provisions pour pertes de change pour la clôture 2026.
Sources :
- Hespress FR – Face à l'euro et au dollar, le dirham continue de reculer (4 octobre 2026)
- Boursenews – Dirham sous pression : l'euro franchit le seuil des 11 DH (5 octobre 2026)
- Médias24 – Le recul du dirham n'est pas un effondrement (7 octobre 2026)
- Le Matin – Le déficit commercial se creuse à 282,6 MMDH à fin août 2026 (3 octobre 2026)
- Bank Al-Maghrib – Cours de référence (consulté le 8 octobre 2026)
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