Photo : Clay Banks / Unsplash
Depuis ce 1er octobre 2026, les frais d'interchange sur les paiements par carte au Maroc sont plafonnés à 0,50 % HT, contre 0,65 % auparavant. Décidée par Bank Al-Maghrib en juillet, cette baisse vise à réduire le coût d'acceptation de la carte pour les commerçants et à accélérer le recul du cash. Voici ce qui change concrètement pour les entreprises et leurs comptables.
Ce que prévoit la décision de Bank Al-Maghrib
La mesure découle de la décision n° 265/W/2026 du 6 juillet 2026 de Bank Al-Maghrib, annoncée le 10 juillet dans un communiqué conjoint avec le Conseil de la concurrence. Elle fixe deux plafonds applicables aux paiements nationaux par carte à compter du 1er octobre 2026 :
- 0,50 % : plafond général de la commission d'interchange (au lieu de 0,65 %) ;
- 0,15 % : plafond spécifique pour les paiements au profit de l'administration publique et du commerce de proximité.
C'est la deuxième baisse en moins de deux ans : le taux avait déjà été ramené à 0,65 % à l'automne 2024, alors qu'il était de 1,20 % HT auparavant selon la presse spécialisée. Au total, l'interchange a donc été réduit de plus de moitié.
Interchange et commission commerçant : ne pas confondre
Point important pour bien lire ses relevés : l'interchange n'est pas la commission que paie directement le commerçant. Il s'agit de la rémunération que la banque ou l'établissement « acquéreur » (celui qui gère le terminal de paiement du commerçant) reverse à la banque qui a émis la carte du client.
La commission facturée au commerçant (souvent appelée commission d'acquisition ou « commission TPE ») est fixée librement par son prestataire. L'interchange en constitue toutefois une composante majeure : sa baisse réduit le coût de revient de l'acquéreur et doit, en principe, se répercuter sur les tarifs proposés aux commerçants. Cette répercussion n'est pas automatique et dépendra de la concurrence entre prestataires.
Un marché de l'acquisition désormais ouvert à la concurrence
Cette baisse intervient dans un marché profondément transformé. Suite aux engagements rendus obligatoires par le Conseil de la concurrence (décision du 31 octobre 2024), le Centre monétique interbancaire (CMI) n'a plus le droit de démarcher de nouveaux commerçants depuis le 1er novembre 2024 et a cessé son activité d'acquisition : fin janvier 2026 pour les commerçants privés, fin avril 2026 pour les commerçants publics.
Le Maroc est ainsi passé d'un modèle à acquéreur unique à une architecture ouverte à plusieurs opérateurs. Selon le communiqué conjoint, cette ouverture s'est déjà traduite par une diversification de l'offre et une baisse des commissions d'acquisition supportées par les commerçants. Les autorités rappellent que l'objectif est de faciliter l'accès des citoyens et des commerçants à des solutions de paiement électronique sûres et à des coûts compétitifs.
Quel impact pour les entreprises et les comptables ?
Pour les commerces, restaurants, pharmacies, stations-service ou professions libérales qui encaissent beaucoup par carte, l'enjeu est réel : les commissions bancaires pèsent directement sur la marge. Une baisse, même de quelques points de base, devient significative sur un chiffre d'affaires encaissé majoritairement par TPE.
Côté comptabilité, ces commissions restent des charges d'exploitation, généralement enregistrées au compte 6147 « Services bancaires » du CGNC. Le rapprochement bancaire doit bien distinguer le montant brut des ventes encaissées par carte et le montant net crédité après déduction des commissions, afin de ne pas minorer le chiffre d'affaires.
Il faut cependant rester mesuré : la précédente baisse n'a eu qu'un effet limité sur les usages, les paiements par carte domestiques ayant progressé d'environ 13 % en 2025, un rythme comparable aux années précédentes. L'équipement des commerçants, la simplicité du paiement et les habitudes des consommateurs restent déterminants.
Ce qu'il faut faire
- Vérifier les relevés de commissions d'octobre et novembre 2026 et les comparer aux mois précédents.
- Demander à son prestataire (banque ou établissement de paiement acquéreur) comment la baisse de l'interchange est répercutée sur sa grille tarifaire.
- Comparer les offres des différents acquéreurs, désormais en concurrence, et renégocier si besoin, en particulier pour les commerces de proximité concernés par le plafond de 0,15 %.
- Soigner le rapprochement bancaire : comptabiliser les ventes pour leur montant brut et les commissions séparément en charges.
Sources
- Conseil de la concurrence – Communiqué conjoint du Conseil de la concurrence et de Bank Al-Maghrib (10 juillet 2026)
- Médias24 – Paiement par carte : à partir du 1er octobre 2026, Bank Al-Maghrib abaisse les frais d'interchange à 0,50 % (10 juillet 2026)
- ConsoNews – Paiement par carte : Bank Al-Maghrib réduit les frais d'interchange de 0,65 % à 0,50 % HT (juillet 2026)
- Managers – Paiement par carte au Maroc : les commissions vont baisser dès le 1er octobre (29 septembre 2026)
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